Mon père

2 12 2015

papa01On représente souvent la famille sous la forme d’un arbre, vous savez ces arbres sur lesquelles on colle la photo de nos ancêtres et puis un jour celle de nos descendants. Cette année, famille et arbres ont été intimement liés.

Mon père a commencé à toussoter en janvier ou février. Au début, je me suis dit que c’était une petite grippe, rien de grave. Et puis au bout de quelques semaines, j’ai commencé à alerté mes parents sur le fait que cette petite toux semblait bien installée. Elle me rappelait une amie qui avait un cancer du sein, mais les derniers mois où l’on c’est vu, c’était sa petite toux qui m’inquiétait. Elle ne partait pas cette maudite petite toux. Elle s’enracinait et j’avais le pressentiment que c’était de là que venait le danger. Et puis un jour, je ne l’ai plus vue, plus de nouvelles, rien. Jusqu’à ce que j’apprenne via les réseaux sociaux sa disparition début janvier. La toux de mon père prenait le relais et me renvoyait à ça.
Son médecin traitant, ne semblait pas trop alarmé. Mais j’avais une piètre opinion de cet homme que j’avais rencontré une fois lorsque j’ai fait une poussée de RCH (recto-colite hémorragique) et dont la seule réponse avait été : « Vous risquez de faire un malaise, il faut que vous alliez aux urgences immédiatement, vous pouvez y aller en bus, il y a un changement à faire mais le bus s’arrête devant l’hôpital ».
Il aurait dû bosser à la RATP.

Face à ce médecin qui me semblait peu compétant, j’ai fini par obtenir que mon père consulte un autre docteur. Justement, j’avais eu l’occasion de rencontrer un généraliste lorsque ma fille avait eu un petit soucis de santé. Ancien militaire, il avait pris le temps d’examiner la demoiselle et surtout avait écouté ce que je lui disais… c’était le premier depuis longtemps. Il m’avait donné un outil supplémentaire pour la soulager, outil que j’ai utilisé à plusieurs reprises depuis. C’est donc vers lui que j’ai envoyé mon père.

Après quelques traitements inopérants, courant mai, il a ordonné des examens. Malheureusement, rien n’a été détecté. Et pendant plusieurs mois de services en services rien n’a été fait. Les médecins ont suspecté à plusieurs reprises un cancer, comme on colle un mot sur quelque chose que l’on ne comprend pas. Impossible de savoir exactement quoi, comment le traiter. J’ai essayé de l’aider, je suis thérapeute, non ? J’ai réussi à améliorer son état momentanément, mais invariablement au bout de quelques jours ou d’une paire de semaines sa santé déclinait de nouveau. J’ai assisté à la déchéance physique de mon père. Il a maigri, maigri, maigri au point de presque disparaître physiquement. Il a été hospitalisé deux fois, faisant un malaise à chacun de ses séjours. Un court coma la dernière fois. J’ai réussi à le réveiller, je crois.
Aucun des médecins n’a été capable de poser un diagnostique et un pronostique. Tant mieux à la rigueur, cela a permis à ma mère de garder espoir. La dernière fois que j’ai vu mon père, il était en réanimation, il venait de sortir du coma. Il allait un peu mieux, mais semblait épuisé. J’ai su que je ne le reverrais plus. Je lui ai fait mes adieux à ma façon, sans qu’il le sache, enfin peut-être qu’il a fait semblant de ne pas le savoir.

Et puis hier, deux choses, j’ai remarqué qu’un arbre en face de chez moi, juste en face de mes fenêtres était tombé pendant la nuit, me renvoyant au mois de mai quand j’ai failli être écrasé par un arbre tombé dans mon jardin en Bretagne. Et puis en fin d’après-midi, ma mère a appelé mon père au téléphone. La conversation a été courte, la voix de mon père c’est affaiblie jusqu’à se taire. Une infirmière à repris le fil, elle a rassuré ma mère, mon père était fatigué, il fallait raccrocher. On nous ment depuis notre enfance, le père Noël, une vie de rêve, une mort sans peurs ni douleurs. Ma mère m’a raconté son coup de fil, j’ai fait un soin à distance, mais j’ai senti quelque chose d’inhabituel pendant que j’opérais. Et cette nuit, des rêves sur la paternité, mon père. Je ne me rappelle pas les détails… je ne me rappelle déjà plus rien. Mais une sensation de gueule de bois au réveil avec un seul mot en tête, « père ».

Ce matin, je m’occupais de ma fille que je devais conduire à l’école lorsque le téléphone a retenti. Ma mère en pleurs m’a annoncé la nouvelle, il est mort cette nuit. Elle était choquée, pas parce que c’était une surprise, mais plutôt parce que le voile de la peur était tombé révélant ce qu’elle savait être derrière, un immense vide. Je n’ai rien dit à ma fille, je lui en parlerai ce soir tranquillement. Je l’ai déposé à l’école. Je suis allé voir ma mère. Elle s’agitait préparant son chien pour la balade. S’occuper pour masquer l’angoisse.

Mon père l’a aimé, je le sais. Il fallait drôlement l’aimer pour vivre avec elle 51 ans.

Fontenay-le-Fleury le 23/11/2015


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