Petite escapade entre ami(e)s en Islande épisode 3

25 01 2013

Je ne vais pas suivre l’ordre chronologique et je vous demande de m’en excuser, mais j’ai depuis quelques semaines eu l’occasion de raconter plusieurs fois une anecdote concernant notre séjour au pays des glaçons et des jours sans fin. Je vais donc la coucher sur écran en espérant qu’elle s’y sente confortable et qu’elle vous apporte des informations conscientes ou inconscientes dont vous avez besoin.

petit pont icelandais

© Carine Allain – 2012

C’était entre le 7e et le 9e jour, je ne sais plus trop, cette continuité diurne me fait perdre le compte. Nous roulions sur la route principale au nord de l’ile, quand nous avons aperçu un petit pont tout en bas d’une petite vallée très encaissée. Il était blanc, semblait tout petit et j’avais l’impression qu’il m’appelait à corps et à cris. Marion et Carine, mes compagnes de route, acceptent de se garer sur la parking posé là comme un fait exprès pour que je puisse rendre visite au petit pont blanc.
Carine décide malgré son vertige de se poser sur un petit éperon rocheux large d’une cinquantaine de centimètres avec le vide autour, Marion se balade sur le plateau et je décide de trouver un moyen de rejoindre la construction blanche qui enjambe la rivière en contre-bas.

Si j’avais écouté mon mental, j’aurais sans doute arrêté l’histoire ici, en effet, le petit pont qui à une époque avait dû être accessible depuis les hauteurs se trouvait isolé aujourd’hui, le chemin érodé s’était sans doute effondré il y a quelques temps. Trop curieux et certain de vivre une expérience exceptionnelle, je décidais de descendre la pente jusqu’à une petite corniche de caillasse qui menait tant bien que mal jusqu’au pont. Mon alarme interne aurait dû se déclencher, la pente qui paraissait facile à descendre se révélait plus pentue que prévue, faite de gravillon et de pierres décrochées, sa stabilité était douteuse voir illusoire… tant pis me dis-je, je m’accrocherais aux blocs de pierre qui jalonnent ma course vers le bas. Quelle erreur, dès le premier rocher, qui devait bien faire + de 100 kilos, ma main en décroche une bonne dizaine en se posant dessus. Où que je pose mes doigts, la roche se détache comme de la sciure de bois. J’aurais pu m’arrêter là et remonter péniblement mais surement sur le plateau, abandonnant l’idée d’atteindre ce petit pont de bois blanc. C’est mal me connaître, je décide de continuer, je dévale, glisse et saute d’éboulis en cascade de roche jusqu’en bas, une vraie petite chèvre !

Enfin sur la corniche et fier d’avoir réussi à descendre jusque là, je jette un œil vers le haut et constate avec un peu d’étonnement que la pente est décidément bien plus abrupte que je ne l’avais envisagé, mais ayant fait la moitié du chemin je décide de continuer le long de la corniche, ne quittant pas des yeux la falaise à ma gauche qui je le comprend à chaque pas peut s’effondrer sur moi sans prévenir.

J’arrive enfin face au pont, la rivière vrombit en dessous, de l’autre côté un grillage et une falaise !? A quoi sert donc ce pont inaccessible et ne menant nulle part ? Bon j’y suis j’en profite, je le franchis, une fois, deux fois, je reste au milieu, je regarde partout… je sens que des énergies interrogent mon énergie, il y a quelques échanges… je suis peut-être venu pour ça ?

© Carine Allain - 2012

© Carine Allain – 2012

Mon mental se met à siffler, faut peut-être remonter, les filles vont s’inquiéter. Un dernier coup d’œil au pont et je reprends la corniche dans l’autre sens. Après une vingtaine de mètres, je décide que l’endroit doit me permettre de remonter même si plus je regarde la pente, plus j’en doute… mais il faut bien remonter de toutes façons, rester au fond du ravin n’est pas envisageable. je me lance donc à l’assaut de cette pente qui se défile sous mes pieds, je lance mes bras le plus loin possible, m’agrippe aux quelques cailloux d’envergure qui ne se pulvérisent pas sous la pression de mes doigts. Au bout de quelques minutes, quelques ridicules minutes, je m’arrête, reposant de tout mon poids sur le pied droit, rien à portée de main ou de pied qui accepte de m’aider à remonter. Je fais une, deux, trois tentatives pour essayer de gagner ne serait-ce qu’un point d’appui supplémentaire. Rien ne supporte mon poids. Je demande conseil aux énergies qui m’accompagnent, ce que je vois est sans appel, si je continue par cette voie, je termine ma course en bas du ravin. Je ne regarde pas souvent la télé, mais pour le coup des images d’une émission présentée par Bear Grylls, un ancien commando Britannique qui montre comment survivre en situations difficiles, me reviennent en tête. Il expliquait que pour gravir une pente raide, il faut au minimum trois points d’appuis, là j’en ai qu’un. Il conseillait de rechercher un chemin qui permette d’avoir ces trois appuis. C’est sans appel, je redescends et longe le ravin jusqu’à ce qu’un des esprits de la nature qui m’accompagne réagisse. Visiblement à cet endroit la montée est possible. je regarde la pente, elle est plus raide que celle devant laquelle j’ai renoncé tout à l’heure.  Ok de toutes façons je me vois pas rester en bas indéfiniment et l’hypothèse d’effrayer les filles et de faire intervenir les secours pour me remonté me semble inacceptable. Ok le lutin ! Je te fais confiance, j’attaque la pente avec tout ce qui me reste de puissance, je m’élance, m’accroche comme je peux, respectant toujours le théorème de Grylls sur les trois points d’appuis. A mi-pente, je bloque, j’ai pas assez de détente pour saisir le rocher suivant, je me retrouve à deux appuis, tant pis Bear… c’est juste suffisant pour saisir le colosse minéral, me hisser et… soulagé je finis la montée en courant ! Ouf ! j’y suis arrivé !

Je retrouve Marion, et toujours plantée sur son éperon Carine qui commence à s’y sentir très inconfortable. Je l’a rejoins à bout de souffle, et nous regagnons calmement le centre du plateau.
Quelle aventure, pour un pont ridicule qui n’a aucune raison d’être là si ce n’est pour me faire travailler mes peurs. Très efficace ce pont !

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