Rapa Nui, culinairement vôtre !

1 05 2011

Nous arrivons vers 17h30 à l’hôtel, Petra et sa petite famille sont déjà là, ils ont creusé un trou dans le sol du jardin, y ont mis des pierres et du bois et allumé un feu. Pendant que les pierres chauffent, Petra, ses 2 fils, son mari et un autre homme préparent les ingrédients. Il y a une pâte jaune dans une grande casserole en fer blanc, qui fera office de pain une fois cuit, des côtes de porc et du poulet, des patates douces et du taro. A l’aide d’une tasse, un des gamins verse de la pâte sur une feuille de bananier prédécoupée, un des adultes repli la feuille de bananier pour emmailloter le tout, puis à l’aide d’une petite lanière végétale ficèle l’ensemble. Pour assouplir les feuilles de bananier, Rico (le mari de Petra) les pause quelques secondes sur les pierres en train de chauffer. Ils vident la casserole tasse par tasse transformant la pâte jaunâtre en briquettes de feuilles vertes. Ensuite, Vicente (l’homme qui semble orchestrer tout ça), commence à éplucher le taro. Pendant ce temps, Rico en compagnie de sa femme préparent la viande. Vicente termine l’épluchage. Il s’approche du feu et à l’aide d’une pelle qui me rappelle étrangement le film « Bernie » d’Albert Dupontel, il retire quelques cailloux et les morceaux de bois enflammés. Les bûches assemblés dans un coin du jardin sont éteintes par le plus jeune fils de Petra à l’aide d’un tuyau d’arrosage. Rico et Vicente tournent autour du trou plein de pierres volcaniques brûlantes entamant une sorte de danse dont l’objet est de retirer un maximum de pierres pour dégager le trou. Équipés d’un petit caillou dans chaque main, ils pincent les pierres chaudes avec et d’un geste rapide les éjectent vers l’extérieur. C’est un peu dangereux, d’ailleurs, Rico pose sont pied chaussé d’une simple tong sur un des cailloux… petit saut, juron étouffé… plus de peur que de mal, heureusement. Au bout de quelques minutes, le trou est suffisamment dégagé.
Vicente tapisse le fond du trou contenant encore quelques pierres chaudes de feuilles de bananier. Une fois le berceau végétal mis en place, Vicente assisté de Rico, pausent les petits paquets verts contenant la pâte jaune. Une nouvelle couche de feuilles de bananier. Par dessus, quelques pierres chaudes. La viande dans des plats à four est déposée dessus. Vicente rajoute sur la viande les morceaux de taro épluchés. Nouvelle couche de feuilles, les patates douces sont posées à leur tour et une dernière couche de feuilles recouvre le tout… enfin presque car Rico nous explique qu’il faut mettre encore plus de feuilles afin de rendre le tout bien hermétique. Le seul soucis c’est qu’il en faut beaucoup et encore plus que ça… alors aujourd’hui, on remplace toutes ces feuilles supplémentaires par une bâche plastique. Les traditions ne sont plus ce quelles étaient, d’ailleurs Rico nous explique que dans le temps, ce n’était pas du poulet et du porc mais du rat et de l’humain qui était servi aux convives… finalement le progrès a du bon ! Nos deux rapa nui déposent le film plastique transparent et pour le rendre bien hermétique, ils enterrent les bords. De la buée se forme rendant la bulle plastique opaque.
Il faut laisser cuire 2 à 3 heures. Nous nous installons autour et discutons, chantons avec Jean-Pierre « le chaman », partageons bières et autres boissons avec nos cuisiniers. Ils nous parlent des problèmes qu’ils rencontrent avec le gouvernement chilien, des tentatives de celui-ci pour les expolier de leurs terres ancestrales et céder contre monnaie le sol rapa nui à des investisseurs étrangers qui n’ont qu’une idée en tête, construire des complexes hôteliers et transformer l’île en Disneyland du Pacifique. JP demande comment peut-on faire pour acheter des terres, Vicente répond avec humour qu’il suffit de lui donner une de ses filles en échange… Il semblerai que les choses s’améliorent, la tribu de Vicente a gagné un procès et devrait récupérer une partie des terres ancestrales, mais le combat continu pour les rapa nui.
Le soleil décline, je récupère une petite fleur d’hibiscus jaune pour la mettre dans les cheveux de Biou… ce qu’elle est belle ! Les autres femmes se coiffent d’une fleur identique, photos et rephotos. Le soleil décline, elles sont belles !  Nous allons voir Akapu, transformés en petits japonais, nous saisissons chaque instant sur nos pellicules numériques. Au loin un paquebot de croisière a remplacé la frégate Chilienne partie deux jours avant le tsunami. Le soleil se couche, superbe !
Nous retrouvons nos cuisiniers, il fait noir, il est temps de préparer la table, nous sortons  3 tables de la salle à manger, les installons près du trou dans le jardin. Petra pose un chemin de table en feuilles de bananier et fleurs, quelques assiettes, les couverts… c’est très beau. Il est temps à présent de manger. Vicente retire la terre, puis avec l’aide de Rico et des enfants,  la bâche, les premières feuilles de bananier. Ils placent les patates douces dans un récipient, retirent les plats à four d’où se répend une douce odeur de viande cuite… ça à l’air super bon ! Rico nous sert, nous nous asseyons rapidement autour des tables. Petra nous apporte une petite sauce piquante, une salade de pommes de terre. Distribution des petits pains libérés de leur enveloppe en feuille de bananes. C’est très bon ! Trop bon, même !
Je ne saurais décrire le petit pain, un peu sucré pas vraiment la consistance d’un pain, mais très bon. Très roboratif aussi. La viande fond dans la bouche, les tubercules dégagent tous leur arôme sous la pression de mes dents. Je mâche longuement, libérant les enzymes qui décomposent les aliments en une multitude de molécules qui titillent mes papilles.
Après le repas, Jean-Pierre « le chaman » entame une discussion avec les deux cuisiniers. Il essaye de les brancher sur le mana, refroidissement direct ! Les deux hommes se taisent, se regardent, puis finalement répondent en noyant le poisson.
Rico est celui qui parle le plus, mais j’observe Vicente depuis le début, il semble en savoir plus que Rico, il a quelque chose de magique, j’ai l’impression de rencontrer un frère d’armes, dans quelle guerre… je ne sais même pas si je suis encore en guerre.
Rico nous parle du tsunami, de la forme de l’île en triangle et du socle évasé qui la maintient à la plaque océanique. De la pêche à la langouste quand l’océan se retire avant que le tsunami ne déferle. Vicente parle peu mais la profondeur de ses mots m’intrigue. Je vois bien qu’il nous examine de la même manière que je suis en train de le faire, nous sommes des touristes peu commun. En général, les étrangers arrivent sur l’île par avion ou bateau, parcourent les sites touristiques en 3 jours et repartent aussi sec. Nous sommes là depuis une semaine et nous n’avons pas encore visité les deux points les plus touristiques de l’île. Il est tard, nous nous saluons, Vicente me laisse une forte impression, chacun regagne son domicile.

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