Rapa Nui, en attendant le tsunami

12 04 2011

Devant la télé, nous regardons hallucinés, les journalistes qui évoquent le Japon, le tsunami et l’île de Pâques présentée comme la côte expérimentale sur laquelle va déferler l’océan en furie. Un journaliste pseudo-scientifique, les cheveux en guerre, c’est à dire encore plus décoiffés que s’ils étaient en bataille, sautille de droite à gauche sur le plateau, meublant l’antenne de son ignorance. Deux autres journalistes, un couple, échangent des regards, se sourient parfois ou prennent des mines plus sérieuses lorsqu’il faut appuyer les affirmations du scientifique. Puis, vient le moment du direct avec un soit-disant reporter sur place. Un type tendance psychotique face à une webcam, probablement dans un des bureaux de l’aéroport, se met à cracher son adrénaline et ses postillons. D’après lui, tous les habitants de l’île ont été rapatriés vers l’aéroport, il n’y a plus d’eau courante, plus d’électricité… sur le coup je me demande si le poste de télévision fonctionne à pile ou à l’énergie solaire ! Le gars en chemise rouge continue sa description apocalyptique. Je suis effaré par tant de mensonges… les personnes autour de moi commencent à flipper, le stress diffuse dans la pièce à travers la prestation de ce journaliste peu scrupuleux.
Je vais dans ma chambre, tire ma baguette de ma valise. Les infos que j’obtiens confortent ce que je pensais, l’hôtel ne risque rien, le tsunami sera de faible amplitude sur l’île. Je rejoins mes camarades, après concertation, nous décidons quand même de rejoindre un lieu en hauteur au centre de l’île. Les éléments les plus inquiets du groupe se sentent un peu rassurés, je me dis que j’ai peut-être besoin de vivre cette fuite face au danger avec mes compagnons.
Une part de moi semble se rappeler d’événements similaires, vécus avec cette même famille d’âmes… Cette impression ne me quittera pas et ira en s’accroissant.
Nous nous dirigeons vers le centre de l’île. Nous errons sur la route à la recherche d’un chemin carrossable qui nous mènerait sur un des volcans repéré par JP. Finalement, un petit chemin qui sent l’eucalyptus à défaut de noisette, nous mène vers un coin paisible de forêt. Nous pique-niquons sur une fourmilière, moment intéressant hors du temps et de l’espace avec toutes ces petites bêtes qui grouillent sous nos pieds, affolées par le tsunami que nous sommes à leur yeux. Après le repas, je pars en vadrouille dans la forêt. J’ai l’impression d’être épié, d’être un intrus dans cette forêt parfumée au sirop contre la toux. Je fais une boucle et ressors sur la route à quelques centaines de mètres de la voiture. Sur ma gauche, un paysage verdoyant enrichi ma vue, je suis le chemin dans cette direction. Le chemin débouche sur… les monts d’Auvergne ! Enfin pas tout à fait. Je trouve cet endroit sublime, je décide de rebrousser chemin, voir ce que mes camarades pensent faire de leur après-midi… en arrivant près de la voiture, j’ai un début de réponse. Une bonne partie de la troupe somnole dans la voiture. Corinne, Biou se joignent à moi, nous repartons vers les volcans. Corinne nous laisse, mais Jean-Pierre « le chaman » nous rejoint. Nous débouchons sur les collines vertes. Encore des barrières et des barbelés décomposés. Nous gravissons la pente raide du Maunga Otu’u. « Le chaman » grimpe, nous distance et disparaît. J’arrive enfin tout en haut accueilli par le vent et la beauté du paysage. La mer tout autour de nous, l’île à nos pieds, c’est magnifique ! Un peu plus loin, Jean-Pierre assis sur un rocher, prépare sa pipe de cérémonie. Biou m’aillant rejoint, nous nous approchons du chaman en pleine cérémonie du tabac. Il prend une bouffée de tabac et la souffle au vent. Puis il se tourne de 90° et reprenant une bouffée, l’offre dans cette nouvelle direction. Il tourne à nouveau, et ainsi de suite. Ces gestes sont harmonieux, posés, millimétrés et pourtant pleins de liberté. Assis, nous contemplons l’univers qui s’étale à nos pieds. De nouveau, plus de temps, plus d’espace, tout est là, nous sommes tout ça.
Jean-Pierre nous rappelle à la réalité, nos compagnons doivent nous attendre. Nous redescendons, le pas léger, la tête pleine des 4 vents. Nous arrivons enfin près de la voiture. Tous en voiture et nous partons vers ahu Akivi, un site ou nous attendent depuis des siècles 7 moaïs qui regardent l’océan.

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